Jacques-Pierre Amée est né à Dakar en 1953 et chemine depuis entre plusieurs appartenances.
Installé aujourd’hui en Nouvelle-Écosse, la première Acadie, il demeure attentif aux lieux et aux voix qui traversent la francophonie.
Poète, romancier, peintre et plasticien, il a toujours cherché à avancer en liberté. Son parcours, fait de nomadisme et de métiers variés, nourrit une œuvre où la vive curiosité – alliée au choix de l’indiscipline – devient une manière d’être au monde.
« Il est rare de rencontrer un esprit vraiment original. Je crois que Jacques-Pierre Amée en est un, d'une originalité sans pose, involontaire sinon inconsciente. »
— Yves Berger, écrivain et ancien directeur littéraire des Éditions Grasset, dans une note de lecture du Butor étoilé
Comme homme
ROMAN-
Auteur : Jacques-Pierre Amée
Éditeur : Infolio (Suisse)
Catégorie : Littérature
ISBN : 9782884749497
Date de parution : 2016
Présentation : broché
Pages : 230
Dimensions : 14 × 20,5 cm
Prix : 26,32 CHF -
On n’entend rien, en général, de ce qui bouge dans la terre. Même à quelques millimètres sous nos pieds. Si tout à coup se brise tout ce qui nous entoure, à l’air libre, secoué par la terre en train de se rompre, c’est assourdissant. Mais ce qui bouge dans la terre à longueur de temps ne fait aucun bruit.
On n’entend rien du tout de cette vie si lente, privée de ciel, de pénombre et de toute couleur, aux houles infinies privées d’oiseaux et de poissons, de chaleur et de matin, de soir, flots pourtant de soupirs, de pavanes, de chutes et de peurs, certainement de peurs, dans la parfaite obscurité.
À l’ouïe la plus fine échappe l’écho des combats et des tueries, ou d’autres frénésies, de rapines, de l’autre côté du sol, où tout est sombre, sous les habitations et les chemins, où rien n’est exposé au vent, simplement au vent.
Jadis, à la fin de chaque mois d’août, il y a presque huit cents ans, Kubilaï Khan ordonnait, pour abandonner l’été en paix, de répandre le lait de milliers de juments blanches. Il s’agissait de le verser dans les champs, sur les sentiers, d’en asperger les fleurs, les sous-bois, toute pierre et le seuil des maisons. Avait-il surpris un bruit, quelque chose, là, sous le pas des gens, ses sujets, lorsqu’ils créaient déjà une campagne, s’occupaient de leurs bêtes, se promenaient? Que craignait-il? Marco Polo rapporte qu’il voulait ainsi amadouer les divinités, ou les esprits, qui sommeillaient «là-dessous», tout près, mais ne cessaient jamais de contrôler la totalité de leurs faits et gestes.
Cette nuit, lorsque Zach est venu se coucher, Zo a tout à coup parlé de ce récit. Elle prétend que son métier nécessite une égale connaissance des mythes «antédiluviens», comme elle dit souvent, et des rituels contemporains. L’Office régional de placement lui confie en effet la formation aux «dialogues interculturels» des conseillères ou conseillers, qui doivent doter d’une confiance indispensable les demandeurs d’emploi issus de la migration.
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Il y a désormais de longues périodes pendant lesquelles Zach n’a pas envie de prendre soin de son corps. Les cheveux, la peau, les ongles, ça lui gâche tout l’avenir, affirme-t-il bizarrement. Toute cette ficelle rêche, ça écorche. Et les dents perdent leur amarre, bon. Arrachez-moi tout ça.
Et il a le cœur lourd, de plus en plus.
Avant-hier, il y avait un aigle jaune, à tête jaune, au milieu de l’après-midi. Pas loin d’ici. En haut d’un hêtre encore bien feuillu, ah oui encore bien feuillu, vert. Et nuage, renuage et rerenuage, au-dessus. Oui, madame. Et ça tonnait, en haut de la pile.
Dans la nuit, tout à l’heure, quelques mots de Zach, bien sûr marmonnés, ronchonneux, pendant que ses doigts hésitent sur la hanche et la taille de Zo, puis fuient doucement.
Ah, il ajoute qu’il n’y a pas d’oiseaux, presque pas d’oiseaux, chez Conrad. Pas d’oiseaux qui chantent. Mais dans son entourage, depuis la mort de Zeff, qui a lu Conrad, une seule page de Conrad? Aucune importance, donc, un oiseau ou non dans les cieux de Conrad. Et Zo allonge sa main droite, la main qu’elle n’a plus depuis presque toujours, qu’on lui a coupée, Zo cache cette main-là, sa main droite, sous sa joue, au bord de sa tignasse: elle feint de dormir.
Zo et Zach.
Elle est noire et sans main droite. Il est bientôt clown.
Un chalet, si exigu, où ils se serrent tous les deux, où ils prennent soin, encore, du souvenir de Jeff, un très proche ami. C'est la fin de la nuit.
Le sort tragique d'une adolescente, en Haïti, obstrue brusquement tout le présent de Zo, qui s'engage alors dans un curieux tête-à-tête. Comment les vies, les histoires, s'assemblent-elles, se déchirent, se recousent?
Le ciel est plein de pierres
ROMAN-
Auteur : Jacques-Pierre Amée
Éditeur : Infolio (Suisse)
Catégorie : Littérature
ISBN : 9782884748889
Parution : 2011
Présentation : broché
Pages : 208
Dimensions : 14 × 20,5 cm
Prix : 29,24 CHF -
Je dois frayer un chemin à reculons. Tout ira de travers, mais je prendrai soin, dans le noir, de balayer le sol avant chaque pas en arrière, après chaque pas en arrière. Et je battrai le tambour à chaque pas en arrière, en amorçant chaque pas en arrière – en l’achevant, je battrai le tambour.
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Dans l’Himalaya du Narcisse noir, entre les montagnes, battent les tambours.
Voilà, Emil, maintenant je fais battre le mien. À ma façon. Avec le fol espoir d’une fin différente.
Ballot, je suis. Ballot avec les mots. […]
Tu es arrivé dans le port de Padang, sur la côte occidentale de Sumatra, le 30 septembre. La ville s’est effondrée sous tes yeux ; puis en partie embrasée. La terre a tremblé une seconde fois, quelques heures plus tard. Les montagnes se sont disloquées. La pluie s’est ruée dans les débris de tout. Dans les déchets. Dans les plaies, avec la boue.
Toute vie s'achève et toute vie a son début. Chacune a son ressort, son jeu, ses cachettes.
Graham Rouge, photographe animalier, habite seul dans le haut d'un gros village, entre montagne et plaine. Ce qui survient dans son entourage proche, un hiver, en l'espace de quelques heures, le bouleverse. Malheur, bonheur : implacable symétrie ?
Mû par un sentiment d'urgence, Graham s'engage à rebours sur les traces de chacun (en Jura comme en Asie, au Québec, au Mali...) et tire les fils de la mémoire – mais toute vérité doit-elle se faire jour?
✸ Sélection 2012-2013
LE ROMAN DES ROMANDS
Le Butor étoilé
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Auteur : Jacques-Pierre Amée
Éditeur : Infolio (Suisse)
Catégorie : Littérature
ISBN : 9782884748810
Date de parution : 2008
Présentation : broché
Pages : 160
Dimensions : 14 × 20,5 cm
Prix : 28,27 CHF -
Il y eut devant moi, tout en haut, cette flottille de maisons, trapues, mal en point. Des bicoques. Je pensai vaguement à une fanfare dépenaillée, de retour de fête, affalée au bord du vide – instruments, hébétudes et redingotes sales pêle-mêle sur le bord du chemin, entre le chemin et le précipice, où la musique avait sauté.
Une seule sentinelle. Accroupie. Une petite fille, qui examinait entre ses pieds une mystérieuse paupière de la vieille montagne. Le bout de son index gauche effleurait la chose. Elle était gauchère : cela m'inspirait confiance.
Connaissait-elle une cachette où je pouvais poser mon sac et dormir ? Il fallait que je dorme dans un endroit clos. Je voulais dormir sans qu'un hérisson veille sur ma tête, à vingt centimètres. Je lui ai posé la question d'une phrase un peu hésitante. J'ai prononcé «cachette».
Au bout d'une minute au moins, elle s'était redressée, puis retournée, sans me regarder, sans rien dire, et avait lancé son doigt, lentement, au-dessus d'elle. Mais quelque chose, tout à coup, peut vous être jeté dans le cœur et s'y fixer à jamais ; quelque chose qui se retire de tout mais vient dans votre cœur. Il y eut, dans l'air, le cri d'un chat. Une fureur incroyable, ou de la douleur, un appel, cela traversa ce qui existait là. Et rien d'autre, ensuite, que la main de la petite qui poursuivait son trajet. Le doigt tendu indiqua l'habitation la plus étroite et basse, la dernière, tout au bout. Au bord de la falaise, comme les autres.
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Toi, monsieur, tu aimerais mieux voler ou être invisible ?
– Quoi, qu'est-ce que tu dis ?
– Si tu avais le choix, tu aimerais mieux quoi, tu aimerais...
– Ah oui ! J'ai compris ! Tu sais, avec l'esprit que tu as... Et j'avoue que je pensais à autre chose... Enfin, j'ai cru que tu me demandais si j'aimais mieux voler ou être un risible... Alors je devais réfléchir, forcément. Eh bien... Eh bien, je ne sais pas !
Elle se grattait le creux de l'épaule. Et ne me regardait pas. Puis elle m'a demandé, en se tournant vers moi :
– Est-ce qu'on dort quand on est mort ?
– Je ne sais pas vraiment. On peut croire, quand on voit ça de l'extérieur, tu comprends ce que je veux dire, que quelqu'un qui est mort est en train de dormir. On peut croire ça.
Elle me coupe, alors, et me dit très vite :
« Moi, j'en suis sûre, parce que ça rime ! »
ROMANZach quitte sa première vie et trouve refuge à « La Za », un hameau perdu sur une montagne fissurée. Tout s'y avère précaire ou hasardeux, mais Zach y fait la rencontre d'une petite fille qui lui pose beaucoup de questions, puis de Greg, son voisin, et enfin de Mina, une jeune femme de la plaine. Se crée entre ces quatre-là une réelle intimité. Un après-midi, Mina invite Zach et la petite à observer dans les marais, en bas, un Butor étoilé...
Vingt ans plus tard, Zach s'efforce de raconter « La Za » et ces quelques heures durant lesquelles tout a basculé... Il doit se libérer d'un secret.
✸ Sélection 2009-2010
LE ROMAN DES ROMANDS
✸ Finaliste
PRIX MICHEL-DENTAN
✸ Le livre dont on parle en ville
LA LIBRAIRIE FRANCOPHONE
✸ Le livre du mois
LE CULTURACTIF SUISSE
✸ Les meilleurs romans de la rentrée
PAYOT-L’HEBDO
Quand j’avais dix-sept ans*
Je croyais que je n’allais pas vivre bien longtemps.
Comment, à cette époque, imaginer que j’écrirais ceci plusieurs décennies plus tard, un beau matin de juillet, en territoire acadien au bord de l’océan? Comment, à cette époque, me frotter avec espoir à la lancinante question: comment vivre – auprès de qui?
Je crois me souvenir que j’étais beaucoup trop sérieux. Intransigeant.
Je m’étais pourtant fié à Rimbaud :
On n’est pas sérieux quand on a 17 ans / (...) Le cœur fou robinsonne à travers les romans...
Le mien, de cœur, m’inclinait à braconner, à résister, à m’opposer à toute injonction ou recommandation. Il me fallait tourner le dos, les talons, déterrer ce qu’on me cachait, souligner le discrédit qui marquait les choix de la génération précédente, ses prétendues conquêtes.
Freud, Nietzsche, Mao... éclairaient-ils vraiment la route et le visage des autres hommes, leurs mots, leurs actes?
Il y avait Sartre, encore. Et Marcuse et Cie.
Mais il y avait la poésie –un fanal, ou une torche, que levaient haut quelques naufrageurs: la Beat Generation, le surréalisme ; et il y avait les peintres, Mirò, Jorn, les idées de Fluxus – les musiciens, ceux du jazz, du blues, Dylan, Cohen, les Stones, les Californiens, John Cage. Tous étaient du côté de l’inutile. Me rapprochaient d’une source perdue, espèce de rythme élémentaire, que j’associais à l’Afrique de ma première enfance. M’offraient un accès à l’art – un accès dérobé, mais largement ouvert.
J’ai trouvé de la force auprès de ces figures (identifiées comme ardentes, indépendantes, novatrices) auxquelles je pouvais, à tort ou à raison, reconnaître une forme d’héroïsme. Elles faisaient peur aux porteurs d’autorité, qui s’extirpaient avec angoisse de l’épisode 68, ne voyaient pas la fin de la « Guerre Froide » et puisaient leur joie dans le profit matériel rapide, n’envisageaient de perspective que dans le triomphe de la science, de l’industrie, des mass-media (on disait mass-media!).
Où pouvais-je repérer des courages, des libertés, sinon dans l’utopie ou telle ou telle équipée rebelle? Mais c’était bien le programme des adultes qui me semblait chimérique. On pouvait « s’y prendre » autrement. On pouvait aussi s’aventurer différemment dans le chaos de tous les sentiments, de la passion amoureuse. Il fallait qu’on divague, au sens propre. Qu’on déplace...
Toute voie où mes parents, instructeurs, éducateurs, jugeaient peine perdue de s’engager, je m’y élançais avec enthousiasme. En même temps, à ma façon (et cela tempérait chacun de ces excès, me gardait en vie, tout simplement), j’explorais la pensée chinoise issue du taoïsme et les sagesses amérindiennes (je dis cela trop brièvement!).
Ainsi, peu à peu, me suis-je fait une idée plus attrayante et moins arrêtée, ou moins définie, d’un avenir qu’on me présentait comme la réalité.
Ainsi ai-je confondu, peu à peu, avec le plus grand plaisir, « livre » et « libre ».
*Ce texte biographique figure dans l'ouvrage collectif Quand j'avais dix-sept ans, publié par l'association du Roman des Romands.
« Ce qui compte réside dans le regard, dans le ton. Extrême détachement, qui coexiste avec une extrême attention au monde, aux choses, aux animaux. »
— Yves Berger, écrivain et ancien directeur littéraire des Éditions Grasset, dans une note de lecture du Butor étoilé
Dans les médias
✸ 2013 : lauréat d’une bourse pour la création littéraire de la Fondation suisse pour la culture Pro Helvetia
✸ 2012 : Le ciel est plein de pierres figure dans la sélection du Prix littéraire Le Roman des Romands
✸ 2009 : Le Butor étoilé figure dans la sélection du Prix littéraire Le Roman des Romands
✸ 2005 : L’Illinois est présenté dans le cadre de l'événement Montréal respire le livre
✸ 1989 : alors président du Conseil de la peinture du Québec (CPQ), il prend part à la création du Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV)
✸ 1978-79 : création des éditions du Rocher d'Ongles et de la revue Le grand Erg
✸ 1975 : parution d’Hébuternes, son premier ouvrage (en poésie)
✸ 2013 : lauréat d’une bourse pour la création littéraire de la Fondation suisse pour la culture Pro Helvetia ✸ 2012 : Le ciel est plein de pierres figure dans la sélection du Prix littéraire Le Roman des Romands ✸ 2009 : Le Butor étoilé figure dans la sélection du Prix littéraire Le Roman des Romands ✸ 2005 : L’Illinois est présenté dans le cadre de l'événement Montréal respire le livre ✸ 1989 : alors président du Conseil de la peinture du Québec (CPQ), il prend part à la création du Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV) ✸ 1978-79 : création des éditions du Rocher d'Ongles et de la revue Le grand Erg ✸ 1975 : parution d’Hébuternes, son premier ouvrage (en poésie)
Bibliographie récente
Comme homme
(roman)Infolio Éditions (Suisse), 2016
Le Petit Chaperon rouge
(conte)Textes de Charles Perrault et des frères Grimm, illustrations de Joanna Concejo, préface de Jacques-Pierre Amée, Notari (Suisse), 2015
Cet ours est sourd
(poésie)Partition pour piano de Daniel Fuchs, Le dans l’eau (Suisse), 2015 – tirage limité
Gouache rouge
(poésie)Papiers du fo (Suisse), 2014 – tirage limité
Tratratra, Hippop et le chat qui sort du sac
(théâtre)Le dans l'eau (Suisse), 2012 - tirage limité
Le ciel est plein de pierres
(roman)Infolio Éditions (Suisse), 2011
Aucun ciel
(poésie)Estampes de Anne-Charlotte Sahli, Éditions de la Caille (Suisse), 2010
Que carriole
(poésie)Hippolychromies et hippolyphonies du Groupe à pied, Papiers du fo (Suisse), 2009
Ah quel chemin te fête
(poésie)Partition pour piano de Daniel Fuchs et polygraphies du Groupe à pied, Le dans l'eau (Suisse), 2009
Le Butor étoilé
(roman)Infolio Éditions (Suisse), 2008
Cœur battant beaucoup trop fort
(poésie)Mercurochromes de Pierre-Alain Mauron et libres sons de Luc Fuchs, Papiers du fo (Suisse), 2008
Main fait nid
(poésie)Encres de Anne-Charlotte Sahli, Éditions de la Caille (Suisse), 2007
Arbre debout, arbre coupé
(poésie)Estampes de Anne-Charlotte Sahli, Éditions de la Caille (Suisse), 2005
L’Illinois
(poésie)Encres de Pierre-Alain Mauron, Papiers du fo (Suisse), 2003
La course, le saut
(poésie)Dessins de Gaspard Delachaux, L’Hypoténuse Éditions (France), 1998
L’Intérieur des figures
(poésie)Dessins de Francine Simonin, Papiers du fo (Suisse), 1997
Malmener les oiseaux
(poésie)Encres de Francine Simonin, Éditions du Rouleau Libre (France), 1996
Traduit en italien par Rachel Gasser